Ma passion pour les couleurs eut pour
révélateur – au sens photographique du terme –, le livre
Les Couleurs expliquées en images (de Michel Pastoureau et Dominique Simonnet). Concrètement : une fois sorti de la bibliothèque où je l'avais sorti d'un rayon, les couleurs du monde m'apparurent d'une intensité exceptionnelle. Un champignon hallucinogène venait de germer dans ma pupille. L'impact du livre allait dépasser la simple trace visuelle (tache de vin ou bronzage) ; il était de l'ordre de l'entaille, de l'interstice propice à sédimentation. Le livre dit vrai : il y est question de couleurs et d'images ; l'une d'elles,
Oklahoma, cliché en noir et blanc du photographe Bernard Plossu, allait m'inspirer le soir-même le sizain
D'arc et de lune (un hommage au prisme de Pink Floyd, à l'arc-en-ciel ; à la rime ambitieuse, il s'achève avec "moon").
Oklahoma représente une route, des nuages gris, des arbres, deux trois, fouettés par un vent si violent qu'il a, au fil du temps, arqué cette route. J'allais prendre ce virage.
Parfois, désireux d'expliquer mon attirance pour la peinture, j'en viens à déraciner de mon arbre généalogique un peintre reconnu. Ce n'est ni Jean-Michel Basquiat, ni mon chouchou Cézanne, mais le touche-un-peu-à-tout
Jacques Martin (mort en 1919). En plus d'exceller en peinture, il jouait du violon et "accessoirement" exerçait comme chimiste ! De ces talents, je ne revendique malheureusement aucun "atavisme", pour employer un terme cher à Salvador Dalì, peintre pour lequel j'assume en revanche une filiation délirante. La chimie, ma bête noire de l'ère scolaire, j'allais finalement m'y pencher avec plaisir par le truchement des livres de M. Pastoureau ; il faut dire que les couleurs partagent un peu de leur histoire (les pigments) avec celle de la chimie. Puis enfoncer le clou, motivé par un bouquin d'astrophysique et conscient que quelques grammes de chimie moléculaire constituent un strict minimum dans le bagage culturel de l'honnête homme du 21e s.